Éthique et manifestation

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Il a été question d’axiophanie, de manifestation de la valeur ; la question est de savoir ce qu’est ce manifesté, ce révélé, ce phainein. Il semble, en se référant au texte Acte de l’union, que ce révélé soit cet existant tel qu’il se donne à l’esprit et que les voies qu’il emprunte dans sa donation trouvent leur déterminations dans l’union (l’union étant l’objet de la démarche de ce site sous le vocable de la question : « Qu’est-ce que nous ? »). L’émotion est directement accessible à l’esprit et se mettre en contexte dans des situations, ou encore l’impossibilité de se placer en contexte vu l’action tenante et sa causalité, interfère dans l’arrêté qui est actualisé par l’individu en réponse au stimulus noétique. Les premiers cycles eidétiques sont cruciaux pour l’explication. Un cycle équivaut à une série eidétique se refermant sur elle-même avant l’amorce d’une autre : il s’agit d’une série de mesurages de sa propre actualisation formant l’axiophanie.

 

Il y a plusieurs approches de l’éthique tentant d’ordonner la morale pour réussir à fonder et justifier l’acte. Pourquoi faire un acte plutôt qu’un autre? Sur quoi l’agir s’appuie-t-il pour préférer une actualisation plutôt qu’une autre? La théorie éthique de A.J. Ayer propose que la morale n’est qu’une approbation qui se détermine à partir de l’émotion. La morale serait l’équivalent `dire « ouach » d’un yogourt périmé en se basant sur l’émotion de dégoût. Mais doit-on, comme J-P Sartre, chercher les lois de l’émotion dans le processus même de l’émotion? Cette recherche mènerait-elle à une meilleure définition de l’éthique? Ne doit-on pas plutôt chercher les lois éthiques dans le processus même de l’éthique? Selon Ayer, « un traité strictement philosophique sur l’éthique ne devrait donc prononcer aucune proposition éthique mais il devrait montrer en donnant une analyse des termes quelle est la catégorie à laquelle toutes ces affirmations appartiennent. » Si la morale est, comme le propose Ayer, une approbation déterminée à partir de l’émotion, peut-on considérer cette émotion comme un fait? Selon le lexique du CNRTL, un fait relève d’une observation directe, immédiate. Un fait scientifique est un phénomène objectivé interprété par l’esprit et rapporté à une loi générale. Donc, l’émotion comme fait est-elle donnée comme apparaître (Husserl) en se constituant comme contenu ou apparaît-elle adjointe d’un enchaînement eidétique qui jauge l’affect pour en déterminer sa recevabilité?

 

Voyons un exemple. Pierre et Jules jouent dans un carré de sable. Soudain, Pierre vole le camion de Jules. Lorsque Jules constate que Pierre a son camion, il éprouve une émotion reliée à la dépossession accompagné d’un enchaînement eidétique dressant les potentialités tenantes à une actualisation que permet le camion et qui ne peuvent plus être. C’est cet absence d’accès à une source émotive potentielle qui est incompatible avec l’intention de persévérer son action et qui semble provoquer le rejet du rapport au réel tel qu’il s’engendre sans la possession se traduisant ainsi en une crise entre Pierre et Jules. Mais peut-on parler comme Sartre de l’émotion comme étant conscience? L’émotion de Jules lorsqu’il constate sa dépossession sert de substrat à une élaboration exponentielle d’un horizon intentionnel dont le flux sature au moment de l’incongruence entre le désir et son interdit.

 

Si nous nous basons sur Ayer, la simple émotion de dépossession serait suffisante pour un jugement moral et la réponse se justifierait comme acceptable de cet unique fait. Mais l’émotion est-elle la première information donnée à l’esprit? Le cycle pendant lequel l’émotion prend forme, ces quelques milli-secondes ne sont-elle pas accompagnée par une série de cognition en rafale qui oriente et réfère la manifestation? Avant même de reconnaître notre émotion, sa construction par renvoi consécutif au cognitif forme cette incrémentation caractéristique de la pulsion. Ce régime transitif mène d’un état cognitif à un autre moyennant une variation de fréquence. Le régime transitif n’est généralement pas volitif. Presque inconscient, il met en relation des arrêtés de l’individu, ce sur quoi l’identité s’est peu à peu fondé par délibération, méditation, par prospection et il projette le moment de saturation qui revient avec élan en manifestation. C’est ce processus qui semble donner le substrat nécessaire à l’élaboration d’une position éthique par la manifestation d’une émotion et d’une position psychique qui l’actualise. Ainsi, l’éthique comme approbation à partir d’une émotion exige une dimension psychique, une sorte d’image du dégoût qui accompagne le « ouach » du yogourt ce qui nous mène vers les théories cognitivistes. Mais est-ce là une manifestation d’une valeur ; le ton émotif d’une position psychique?

 

À suivre…

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