D’un fondement de droit

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Mal2Toute voie parcourant le sentier gravite autour de la notion de respect et de son contraire, autour d’un respect relatif. Il doit s’adapter à une situation donnée, dans une culture donnée, à une époque donnée. Selon ce contexte, le respect dicte l’action et l’attitude adéquate pour préserver l’harmonie du système présent. La Shari’a est une voie qui s’inscrit dans le Coran et la Tradition islamique.

Cette Loi demande que les humains acceptent leur condition de créature et se soumettent en tout à la parole de Dieu révélée par l’ange Gabriel à Muhammad et consignée dans le Livre. La Loi (le droit islamique), s’appuie sur quatre fondements que sont le Coran, la Tradition, le raisonnement par analogie et le consensus de la communauté. Le Coran et la Tradition font office d’autorité mais seulement le dixième du Coran concernerait le droit, ce qui est insuffisant pour gérer une communauté aussi vaste que l’islam.

Il est ainsi secondé par la Tradition, ou coutume (sunna), qui est constituée de récits appelés hadîth. Ces « dires » (hadîth) attribués au prophète sont au nombre de plusieurs milliers. Le Coran détermine par exemple les prières rituelles et les hadîth leur contenu. Si le droit musulman s’est fondé en trois à quatre siècles et se réfère au Coran et à la Sunna, il s’actualise par contre de façon autonome par l’activité de spécialistes de la voie qui ont pour fonction l’interprétation (ijtihad) des préceptes de l’islam pour les adapter à une époque et une culture donnée. La sharî’a est par contre restée relativement fermée depuis le IXe siècle et l’essentiel des interprétations furent arrêtées à cette époque. Aussi, le visage de la jurisprudence de l’islam n’est pas monolithique. Il s’exprime entre Sunnites, Shî’ites et Khârijites, qui ont tous développés leur propre interprétation de la Loi.

Il existe, par exemple, à l’intérieur du sunnisme, quatre écoles de droit considérées comme orthodoxes et qui sont autant de manière d’interpréter la Loi. À l’autorité il faut ajouter les deux autres fondements de la sharî’a : le raisonnement par analogie et le consensus de la communauté. Le premier est la mise en comparaison de situations présentant des caractéristiques analogues afin d’en éclairer l’une par une autre dont on connaît la conclusion de l’interprétation de la Loi. Si l’une et l’autre sont concordantes, les conclusions sont alors les mêmes. Le consensus de la communauté s’appuie sur un hadîth prononcé par le prophète qui dit que sa communauté ne pourra jamais être unanime sur une situation erronée.

islamgavel_imgIl s’en suit qu’aujourd’hui, avec l’étendue de l’islam qui n’a aucune organisation hiérarchique, ce critère est remplacé par le consensus de véritables docteurs du droits. La communauté musulmane se sent particulièrement vivre à l’évocation du jihâd. Ce terme signifie « faire effort, lutter » et il semble qu’il s’agisse d’un effort collectif. Le jihâd s’emploie pour désigner un effort social, religieux ou spirituel. Cet effort, ou cette lutte, doit être pratiquée dans le sentier de Dieu. Le Dictionnaire historique de l’islam précise le terme non pas par « guerre sainte », mais plutôt par « guerre légale » selon la Loi contre les infidèles.

Le jihâd repose sur plusieurs versets du Coran. Le plus important d’entre eux parle de combattre ceux qui ne croient pas en Dieu et ne pratique pas la religion de la vérité. En considérant l’islam comme une seule communauté, aucune autre guerre n’est permise. Le jihâd n’est donc pas considéré comme un devoir personnel. C’est une obligation communautaire et c’est le chef de la communauté qui décide de ses implications. Pourtant, il arrive qu’aujourd’hui, des groupes musulmans se réclamant « combattants du jihâd » prennent les armes contre ceux qu’ils considèrent comme malveillants ou qui s’ingèrent dans les affaires de l’islam. Ne pouvant se réclamer de toute la communauté, leurs actions n’auraient donc pas le statut légal conféré par la Loi islamique et ne doivent donc pas être considérés comme un jihâd.

En ayant en perspective que la Loi est d’abord de caractère moral, la sharî’a peut se percevoir de deux façons : l’une semble figée dans un passé et s’applique sans distinctions aux temps donnés, et l’autre peut se considérer comme une voie vivante s’adaptant à l’aune des besoins du présent. Elle se veut un bien pour une communauté spécifique mais pourtant, même si elle se fonde sur l’autorité du Coran et de la Sunna, il est rationnel de douter qu’elle soit totalement entérinée par la communauté. Si la Loi devait être de nouveau entérinée par la communauté musulmane, quel visage prendrait le droit islamique?

Blake

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