Relation d’identité

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Mal2Pour postuler qu’une théorie méta éthique est plus convaincante qu’une autre, il est d’abord nécessaire de présenter ce à quoi elles tentent de convaincre. Bien que l’on utilise les termes « jugement moral »,  « pensée  évaluative », « attitude évaluative », ce dont il est question porte sur le fait même d’évaluer. Qu’est-ce qu’évaluer? Qu’est-ce que comparer? Quel est l’étalon permettant la mesure, voire la juste mesure en terme d’adéquation? Les théories éthiques foisonnent pour convaincre de la façon dont les valeurs se constituent comme fondement de la mesure. C’est alors que s’ouvre une multitude de rapport de l’être au monde, qu’il soit celui du langage, de la subjectivité ou encore de la valeur même. La théorie de John McDowell exposée dans « Valeurs et qualités secondes » pose le problème de la valeur en termes d’opposition de l’objectif et du subjectif, en termes d’une sensibilité qualitative en relation à l’objectivité de la valeur. D’une part, cette théorie montre qu’il est possible de valider le perceptuel comme expérience de la valeur véridique en le posant sur un même plan que la valeur objective et ensuite, que la sensibilité se donne comme réponse à l’existence objective des valeurs. Enfin, elle tend à s’enfermer dans un « espace de raison » difficilement dépassable.

Interdépendance

Tout d’abord, Si d’un côté les valeurs sont naturelles, qu’elles doivent se trouver dans le monde et de l’autre, qu’elles lui soient extérieures, étant ainsi non naturelles, l’approche phénoménologique de McDowell, par la mise sur un même plan de l’objectivité des valeurs au monde par l’objectivation de l’expérience de la valeur au sein de la subjectivité, permet de positionner ces deux réalités comme étant une interdépendance de la moralité. La primauté de l’une sur l’autre étant ainsi éludée, il reste à savoir quelle est la dynamique qui l’anime.

La thèse phénoménologique consiste à dire que puisque les valeurs sont des produits d’attitudes projetées sur le monde, c’est cette réalité qui est attribuée aux valeurs. Ce que l’on attribut aux valeurs, ce sont des projections et c’est l’expérimentation de ces attitudes que l’on identifie comme valeurs. En d’autres termes, ce que l’on apprécie se transmute en valeur, la valeur est une attitude appréciable et, de son appréciabilité, elle tend à se reconduire, se donnant ainsi comme forme d’une valeur qui est en fait forme d’une attitude  ;  ce qui a de la valeur est substitué à la valeur même.

Mais si la valeur n’est en rien la projection d’une attitude, cette attitude a-t-elle une quelconque correspondance ou ressemblance avec la valeur à laquelle elle fait référence et tente d’actualiser? Si tel est le cas, c’est donc qu’il existe dans le monde une chose étant perçue à laquelle la volonté répond par ce qu’elle désigne comme valeur. « Dans un modèle où les valeurs existeraient de façon brutes et absolues, il semble qu’il faille postuler une faculté – l’intuition – qui rende conscient de connexions rationnelles objectives. » Le modèle fondé sur la perception des valeurs par McDowell montre les appréciations comme des qualités secondes, en tant qu’elles découlent de qualités premières, attribuées à la réalité externe et qu’elles sont la propriété attribuée à cet objet s’il possède le potentiel d’apparaître selon une certaine perspective. Ce potentiel d’apparaître trouve une énonciation caractérielle de sa propriété traduite et appréhendée par le langage. McDowell pose deux exigences à cette cohérence ; que l’objet apparaisse dans l’expérimentation comme une neutralité et « qu’un concept de ressemblance [rende] concevable l’existence de qualités premières […] en terme de ressemblance avec des éléments neutres de l’expérience. »

Ainsi, la qualité seconde est subjective en un premier sens de par l’action de l’opération de son énonciation par l’état subjectif, où elle est objet de la conscience et existe en tant qu’objet d’une expérimentation possible, mais n’est pas unilatéralement subjective au sens que, par cette opération représentationnelle, elle acquiert un statut d’objectivité en tant qu’expérience de cet objet. La distinction du caractère non essentiellement  phénoménal de celui clairement phénoménal des objets par la perception sensible est possible précisément par la distinction du degré de  l’objectivité des qualités.

Le test de l’explication

En second lieu, le test d’existence qui s’appuie sur l’idée d’explication montre habituellement que les valeurs ne peuvent contribuer à l’explication de l’expérience de la valeur. La comparaison entre la pensée évaluative et la qualité seconde de la couleur montre que leur expérience est fondamentalement subjective et qu’elle consiste en une variation de la sensibilité provoquée par le potentiel d’apparaître de l’objet auquel est confrontée l’expérimentation. Mais est-ce qu’une valeur, considérée jusqu’ici comme projection d’une appréciabilité ou comme une qualité seconde est un authentique aspect de la réalité? McDowell parle de disparité entre valeurs et qualités secondes en terme de fonction plurielle ne provoquant pas uniquement une « attitude appropriée » comme les couleurs le feraient. Il y adjoint un principe de mérite par un exemple du danger et de la peur qui atteste une capacité d’intelligibilité de soi lors d’une réaction donnée à des objets qui méritent cette réaction en tant qu’ils existent au même point que la réaction qui les accompagne. « Cette approche devrait expliquer comment une réaction […] fondée rationnellement sur la conscience de [dépendances rationnelles] puisse être considéré comme constituant ou engendrant une forme de connaissance […].

Limite du connu

Par contre, la connaissance découlant de ce rapport de dépendances rationnelles se limite à son expérience par l’éventail de l’expérience du sujet. Elle n’est donc connaissance morale qu’à partir de cet horizon, qu’à partir de cet « espace de raison ».  Étant incapable de sortir de la référence que constitue cet espace de raison, il semble improbable que l’on puisse parvenir à une connaissance ontologique de la valeur, puisqu’elle semble se poser ici comme a posteriori, laissant un horizon ouvert à la re-découverte constante de la valeur par la sensibilité.

Puisque McDowell parle de relation d’identité plutôt que de relation de ressemblance, examinons cet aspect afin de voir s’il découvre une forme de vérité épistémique. Si l’on part d’une intuition mathématique et du fait qu’une relation d’identité est une relation entre deux expressions qui sont vraies et rendent ainsi la relation vraie, il semble possible  d’extraire certaines constances relationnelles, appelées relations axiophaniques, qui découlent de l’intuition de la relation de l’objectivité et du perceptible.

D’abord, « en mathématique, un nombre réel est un nombre qui peut être représenté par une partie entière et une liste finie ou infinie de décimales. Cette définition s’applique donc aux nombre rationnels, dont les décimales se répètent de façon périodique à partir d’un certain rang, mais aussi à des nombres dits irrationnel […]. » Nous voyons ici traduit le concept de « bien comme  bien » en tant qu’entier intrinsèque, tel que G.E. Moore le postule. Il est aussi traduisible, selon cette irréductibilité et de par son appartenance au réel, à une perspective non réductionniste, tout en étant à la fois éligible à une perspective réductionniste par la notion de périodicité ou de nombre complexe pouvant être associés à des « platitudes ». De plus, « en trigonométrie, de nombreuses identités permettent d’effectuer [des opérations] qui sont vraies quelle que soit la valeur du nombre réel ou du nombre complexe. »

Ensuite, en concevant la relation subjectivité/objectivité dans un rapport identitaire/identité, présentant une énonciation de la valeur se rapportant à son identité, que 1) l’identité d’une valeur, comme le bien, soit entière et intrinsèquement irréductible, telle que démontré dans « L’axiophanie », que 2) l’identitaire soit modal, au sens où « [il] contient l’énoncé [de la] relation et une assertion complémentaire, qui ne concerne ni le sujet ni le prédicat, mais la forme même de la relation », il est possible de qualifier cette relation d’axiophanique et d’envisager des fonctions axiophaniques qui seraient indépendantes à la fois de l’espace de raison et de la valeur conçue comme syntagme ouvert à son ensemble en tant que réalité autonome.

En éthique, les fonctions axiophaniques seraient des fonctions dont la variable serait une mesure d’appréciabilité. Elles permettraient de relier une qualification relative d’une axiophanie en fonction de la mesure de son appréciabilité. Dès lors, une identité axiophanique serait une relation impliquant des fonctions axiophaniques vérifiables pour toutes les valeurs de variables axiophaniques intervenant dans la relation. Une telle fonction à été présenté dans « L’axiophanie » sous la syntaxe de R=M/B, où le respect (R) est la fonction axiophanique reliant une qualification potentielle relative des variables axiophaniques mal (M) et bien (B).

Ainsi, la fonction axiophanique n’est en rien l’actualisation de la valeur objective, pas plus que sa perception sensible, puisqu’elle reflète l’interdépendance de l’objectivité des valeurs et de son énonciation par l’état subjectif, menant ainsi à un système de référence hors de l’espace de raison auquel la théorie de McDowell confine. Étrangement, il semble que ce soit un modèle de réalisme non naturaliste qui allierait à la fois le caractère irréductible des valeurs, donc non réductionniste, tout en maintenant qu’il puisse être utilisé dans une visée réductionniste par ses dérivations syntaxiques comme énonciations de diverses relations d’identité axiophanique.

En conclusion, la thèse phénoménologique de John McDowell proposant un rapport perceptuel de la sensibilité face à une réalité objective des valeurs semble la plus apte à solutionner le problème de la mesure en amenant une égalité d’objectivité qualitative phénoménologique et en démontrant que la valeur est contributoire et ne peut être évincée de l’expérience de la valeur. Bien que l’espace de raison semble problématique à la contribution épistémologique par sa limitation au champ de l’expérience, il trouve une ouverture en se constituant comme fondement dans le postulat de fonctions axiophaniques. Bien qu’étant en construction, le modèle axiophanique se pose comme une avenue intéressante, tant est qu’il ne repose pas sur une intuition complètement mathématique, mais plutôt sur une intuition géométrique tels les rapports des angles d’un triangle, contournant ainsi l’ontologie de la valeur en se reposant sur les rapports  que la valeur entretient dans une axiologie systémique.

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