Question de métaéthique

Publié le Mis à jour le

Mal2La problématique du texte de John Mackie, « La subjectivité des valeurs », porte sur l’existence des valeurs objectives. En comparant sa thèse avec celle de G.E. Moore élaborée dans « Principia Ethica » où il est avancé que le langage réfère à une forme de réalité en tant qu’il en émerge et qu’il y renvoie, l’on constate que Mackie refuse  catégoriquement l’existence d’une réalité objective d’où émergeraient les valeurs. Si Mackie ne peut nier complètement l’être objectif des valeurs, il ne parvient qu’à imaginer et à questionner cette étrange réalité qui comporterait leur l’intelligibilité. Du fait de la difficulté à identifier le floue créé par la thèse de la propriété simple des valeurs, son texte critique ce réalisme moral notamment par l’argument de la bizarrerie qui pose  la survenance du rapport de ces caractéristiques intrinsèquement prescriptives avec le monde naturel.

Ce n’est pas tant sur l’ontologie des valeurs qu’il est de se prononcer que sur un moyen de parvenir à les fonder en tant qu’objectivité qu’il convient d’examiner l’argument  de l’entendement, auquel l’auteur  accorde une certaine importance,  afin d’en faire émerger un fondement d’une possible  réalité objective où des objets obtiennent une valeur de vérité.  Les mathématiques fondent des valeurs de vérités pour des objets auxquels la notion de propriété simple pourrait être appliquée.

« La seule chose qui m’occupe, c’est cet objet, ou cette idée, que le mot […] sert à représenter. Ce que je veux découvrir, c’est la nature de cet objet […].»1 Ce que le mot représente, ce qu’il est, et ce à quoi le mot renvoie, ne doit pas être considéré comme étant une même chose.  Si l’on considère que G.E. Moore réduit le bien à une notion  de propriété simple et que celle-ci est sa nature, sa qualité cardinale, il est à se demander si l’objet de recherche a un lien avec les valeurs. Dans le chapitre sur le sujet de l’éthique, il est dit que « [Les éléments les plus simples] sont simplement quelque chose que l’on pense ou perçoit, et à quiconque ne peut les penser ou les percevoir, on ne peut jamais, par quelque définition que ce soit, faire connaître leur nature. »

C’est à partir d’une telle énonciation que John Mackie structure son argument de la bizarrerie. Il énonce d’abord que les valeurs objectives s’offriraient à notre conscience grâce à une faculté étrange de perception ou d’intuition et il attribut cette réalité autre comme l’ensemble d’où se tirent les qualités non-naturelles dont Moore fait mention.

C’est par une « faculté d’intuition morale » que se fonderaient l’objectivité des valeurs mais elle ne suffirait pas pour porter des jugements moraux ou résoudre de tels problèmes même si elle serait censé apporter des conclusions normativement prescriptives en tant que prémisses et/ou dans la forme d’un raisonnement. Mackie en arrive donc à la conclusion qu’aucune description ordinaire ne pourrait fournir de réponse satisfaisante. « «Un genre particulier d’intuition » […] est la seule [réponse] à laquelle l’objectiviste lucide est forcé de recourir. » Comme l’intuition relève de la subjectivité, la valeur des jugement moraux perdrait son caractère de validité objective et de ce fait, son caractère de validité.

Il porte tout de même considération à « l’entendement […] comme cette faculté en nous qui discerne la vérité […] » mais croit que les valeurs objectives résistent au dévoilement de leurs constructions sur une base empirique, montrant ainsi que les jugements moraux manqueraient de significations descriptives. Bien que les Formes de Platon s’apparenteraient aux valeurs objectives, « La subjectivité des valeurs » soutient que ces dernières continuent de chercher arrimage au réel dans la manifestation d’une expérience du bien qui motive sa recherche par l’expérience de sa fin cardinale, qui poserait ainsi la situation comme l’appel d’une action particulière.

En considérant qu’une propriété à une fonction déterminative, au même titre qu’une qualité, et que la propriété simple du bien détermine un état, cet état est constitution d’un observé à un certain temps  dans un environnement déterminé. Ainsi, un état, simple ou complexe, est constitué de propriétés simples et/ou complexes. S’il s’agit, comme dans le cas de G.E. Moore, d’un état simple constitué d’une propriété simple, il est besoin d’examiner la relation constitutive d’union afin de savoir si, dans l’une et l’autre des parties, le paramètre d’unification est intrinsèque à la propriété simple dans le sens d’irréductibilité unitaire comme partie d’un ensemble, étant ainsi propriété comme l’est un entier naturel se posant comme syntagme ouvert à son ensemble.

En postulant que, tout en étant une propriété simple et irréductible, le bien est irrelatif, cela ne présuppose pas une vacuité intrinsèque mais périphérique au sens où c’est cette irrelativité qui fait son insolubilité en modulant un vide autour d’elle. La relativité du syntagme n’est donc pas dans sa détermination et sa validité selon un environnement, mais plutôt dans son inconcevabilité singulière.  G.E. Moore persiste en ce sens en disant : « Ainsi, je crois, l’on peut définir le bien ; et pourtant, je persiste à dire que l’on ne peut définir le bien en soi. »

Le bien  n’a de relativité qu’au mal, tout aussi irrelatif, et c’est cette relativité d’irrelativité, bien qu’entière en tant qu’ensemble, qui demande adjonction. Ainsi, une proposition formée par l’adjonction de deux syntagmes est envisageable tant est qu’elle soit constituée comme étant nulle tel le bien et le mal. Reste à énoncer un état déterminé qui réalise la validité de cette proposition. La liberté semble toute indiquée mais ses questions de limites laissent émerger le respect comme caractéristique d’équilibre appropriée en regard au bien et au mal. Il faut aussi souligner que le respect et le non-respect ont le même rapport d’équilibre que celui du bien et du mal. En postulant que ces deux propositions de syntagmes s’équilibrent et se valent, la relation du bien et du mal est du même ordre que celle du respect et du non-respect.

Pour clarifier la situation, il faut poser un référentiel afin de distinguer l’orientation de l’équation. Un certain mal en fonction du bien montre ce mal selon le bien et le rapport obtenu est équilibré ou non. Si la relation de deux syntagmes opposés dans leur propriété simple est nulle, cela montre que le syntagme est non-nul. Ce type de relation permet d’isoler un syntagme et permet d’y faire émerger ses dérivations syntaxiques. Posons d’abords ces équations de base en prenant le bien pour référence.

1-Le mal (M) en rapport au bien (B) est de relation nulle : M/B=0 Le mal en rapport au bien est un équilibre.
2-Le non-respect (¬R) en rapport au respect (R) est de relation nulle : ¬R/R=0 Le non-respect en rapport au respect est un équilibre.
3-Le respect (R) exprime l’équilibre entre le mal (M) et le bien (B) : R=M/B Le respect est la caractéristique qui manifeste l’égalité du rapport du mal au bien.
4-Il est donc possible de poser  l’égalité de l’équation 1 et 2 : ¬R/R=M/B Le rapport du non-respect au respect équivaut au rapport du mal au bien.
5-D’y remplacer (R) par son équivalent (M/B) : ¬R/(M/B)=M/B Le non-respect en rapport au rapport du mal au bien équivaut au rapport du mal au bien.
6-En isolant ¬R : ¬R=(M/B)² Le non-respect équivaut au rapport absolument positif6 du mal au bien.
7-En isolant (M/B) : √¬R=(M/B) La racine du non-respect équivaut au rapport du mal au bien.
8-En isolant M : M=B√¬R Le mal équivaut au  bien motivé par la racine du non-respect
9-En isolant B : B=M/√¬R Le bien équivaut au mal en rapport avec la racine du non-respect.
10-En substituant M par sont équivalence en 8, on obtient : B=(B√¬R)/√¬R Le bien équivaut au rapport du bien motivé par la racine du non-respect  selon la racine du non-respect.
11-Les deux racines s’annulant, on obtient finalement : B=B Le bien est entier.

La résultante d’une propriété simple du bien comme étant entière la révèle ainsi dans ce que Mackie se refusait, soit une réalité objective de laquelle émane et fonde sa caractéristique intrinsèque, telles les caractéristiques intrinsèques qui fondent l’axiophanie des mathématiques.  Il faut aussi se demander si nous ne sommes pas, comme Moore nous met en garde, en plein sophisme naturaliste ; une valeur est-elle une propriété complexe ou est-elle une qualité au sens de propriété simple? L’axiophanie du bien ou le bien en tant qu’axiophanie?

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