Glissement ontologique

Publié le Mis à jour le

Mal2La survenance est un terme utilisé pour « qualifier une certaine caractéristique des termes évaluatifs en général et moraux en particulier » montrant qu’ils auraient une certaine autonomie  face à nos attitudes et nos jugements, donc une forme d’objectivité. Ce terme, apparu pour la première fois dans la critique fait par Richard Hare « The Langage of Moral », est systématiquement utilisé par ce dernier lorsqu’il est question d’une justification du « réalisme moral ». Ogien donne le nom de « dépendance asymétrique » à la relation que Hare nomme la survenance et qui consiste en une dépendance de propriétés évaluatives face à des propriétés non évaluatives, même si ces dernières peuvent être entendues de façon indépendantes. Dans son texrte « À qui profite la survenance ? », Ruwen Ogien oppose deux arguments contre les détracteurs du réalisme moral qui usent  de la survenance contre celui-ci. Il montre trois façons qui favorisent le réalisme moral et enfin, il présente ses objections au naturalisme et au fonctionnalisme. En prenant appui sur le texte de Ogien, voici le problème de la survenance tel qu’il m’appert.

La survenance n’est ni pour ni contre le réalisme moral ; elle est un entretien constant du débat de la méta éthique. Le réalisme moral étant soit naturel ou non-naturel, la survenance est un problème d’ontologie qui s’entretient de lui-même par la non résolution de la question derrière la survenance ; une valeur est-elle objective et, si tel est le cas, en quoi révèle-t-elle l’autonomie de l’éthique?

La survenance contre le réalisme

L’autonomie de l’éthique est discutée et certains la rejette car elle amène, par l’indépendance des propriétés naturelle, la confusion entre la survenance du mental sur le physique et celle du moral sur le non moral. Autrement dit, la confusion du langage et son rapport au réel, en tant qu’il en émane et y renvoie,  et le moral sur le non moral en tant que positionnement face à nos jugement  et nos attitudes qui, pris dans sa forme langagière, « est une vérité analytique ou conceptuelle dont la négation implique contradiction. »

Les valeurs semblent donc considérées comme étant évaluatives, telles que Moore l’entendait, soit objectives au réel en tant que référent à fin d’évaluation morale, en relation de dépendance avec  des propriétés non évaluatives, pouvant être indépendantes et desquelles découle une appréciation. Autrement dit, comme le souligne W. D. Ross « alors que les autres caractéristiques sont constitutives, [ la valeur ] est dépendante ou conséquentielle. ». Bien qu’elles soient en relation de dépendance, il semblerait y avoir opposition de perspective au niveau du sens de la survenance en tant que d’un côté elle soit objective en s’adossant au naturel et de l’autre, qu’elle en émerge et se fonde comme conséquence.

Le rejet de l’anti-réalisme par Ogien est relié à son fondement qui cherche justification à la contrainte de cohérence qui amène la persistance de nos attitudes et/ou de nos jugements. « Ce qu’une théorie de la survenance utile devrait nous donner, c’est un moyen de comprendre la relation entre les traits non moraux du comportement […] et la propriété évaluative qui devait s’ajouter pour ainsi dire nécessairement à ces traits […]. »

Ainsi donc suivant cette logique conceptuelle, la vérité sur l’objectivité des valeurs dépend d’une vérité propositionnelle au sens où l’attitude se trasnsmute en proposition. La survenance ne serait donc qu’une relation de type logique et notre attitude, ou proposition, ne serait que positionnement sans valeur de vérité et serait, en quelque sorte, une « projection » d’une vérité subjective, expressiviste, voire intuitionniste,  non cognitiviste, et que la valeur de vérité  serait que finalement propositionnelle et donc difficilement justifiable.

La solution d’Ogien

Ogien porte ainsi le conflit de la survenance morale entre les versions réalistes et anti-réalistes non pas sur le terrain du phénomène de la survenance en lui-même mais sur son explication ou, comme il le stipule, « parler de Moore sans en parler vraiment ». Il distingue donc certaine divergence de l’idée que Moore se fait de l’explication des relations entre le moral et le non moral.

D’une part, le naturalisme analytique contient un floue de synonymie qu’il appelle « holiste » et d’autre part que le naturalisme synthétique est une forme de proposition modale reliant en un certain état d’inter-dépendance les propriétés morale et non morale. Cette relation d’identité covariante entre les termes et les propriétés n’est pas analytique, au sens où elle est constitution d’une modalité syntaxique tout en ayant une fonction applicable à la philosophie analytique.

Ogien ne renonce pas par contre à toute forme de réalisme moral. Il oppose trois méthodes pour construire un réalisme non naturalisme plausible. Premièrement, contourner la problématique du « floue synonymique » en remplaçant le couple concept-propriété de Moore par le couple commun-terme, puis, bien qu’ayant un terrain commun, parvenir à restreindre la base des théories morales en utilisant de préférence  la procédure de l’équilibre étroit qui se veut un agencement de convictions, d’attitudes ou de jugements propositionnels selon les normes qui sont déterminées par les propriétés émanant du choix de l’individu en confrontation ou en adéquation avec l’équilibre de coordination coopératif.

Solution estimable ?

La solution d’Ogien, qui semble envisager la possibilité que les lieux communs soient incompatibles, tend à montrer une adhésion à l’idée que Moore se fait des propriété simples de plusieurs concepts en inter-relations sans toutefois partager un lieu commun autre qu’ontologique. La caractérisation des termes moraux semble donc être en conflit lorsque les lieux commun tendent à se poser comme terrain d’émergence. La dualité, illusion souvent perçue comme intrinsèque aux valeurs, compromet la cohérence d’une définition théorique éthique. « Ces exemples et tous les nombreux autres de ce genre (« Qui se ressemble s’assemble » et « Les contraires s’attirent », etc.) compromettent, me semble-t-il, la possibilité de construire une définition théorique « holiste » à partir de lieux communs moraux et non moraux. »

Bien qu’il semble que la construction d’une éthique théorique se trouve dans le choix de lieux d’émergence, elle est confrontée et non associative au sens où Moore entend qu’une propriété simple l’est pour un idéel et pour un seul. C’est ce glissement d’une perspective ontologique vers une perspective analytique qui fait la faiblesse de la profitabilité de la survenance des valeurs. Le fait qu’une théorie éthique soit révisable laisse ouverte la question à savoir si une propriété simple se réduit à un terme définitif ou s’il est évolutif et, de ce fait, rend caduque le réalisme moral de  Moore et l’autonomie de l’éthique.

La survenance des valeurs qui est apposée au réel par l’analytique repose-t-elle sur l’établissement d’une relation identitaire/identité entre les termes moraux et leurs équivalents théoriques dans le contexte de justification d’une relation d’idéels éthiques tels que présenté par l’argument de la survenance dans le texte « Question de métaéthique » ?

1-OGIEN, Ruwen, « À qui profite la survenance ? », Revue de métaphysique et de morale, 2006/3 n° 51,  p. 349-373

2-Ibid

3-ROSS, W.D.,The Right and the Good, Indianapolis, Hackett Publishing Company, 1930, p. 120

4-OGIEN, Ruwen, « À qui profite la survenance ? », Revue de métaphysique et de morale, 2006/3 n° 51, p. 349-373

5-Ibid

6-Ibid

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