Ouroboros

Publié le Mis à jour le

Charles Taylor et le multiculturalisme ; conception incompatible de la société libérale.

Mal2Au sein du Canada se chevauche deux conceptions de la société libérale fondées sur une notion de respect égal. Sans cette notion de respect, il n’y aurait pas d’unité canadienne. Mais c’est justement sur ce quoi porte ce respect qui est source de litige, voire même d’incompatibilité.

D’un côté, le Canada anglais s’appuie sur la Charte canadienne pour mettre de l’avant les droits et libertés individuels. Cette position à l’avantage de rechercher ce qui est commun à l’ensemble de la population et à l’établir comme norme, définissant ainsi les règles du vivre ensemble, sans discriminations. «Une société libérale doit rester neutre au sujet de la vie idéale, et se limiter à garantir que, de quelque façon qu’ils voient les choses, les citoyens traitent correctement entre eux, et l’État également avec tous .» Cette conception du libéralisme rend le multiculturalisme viable, mais passe sous silence le fondement même du multiculturalisme : la diversité.

Le Canada anglais place donc l’autonomie de l’individu et «sa capacité à déterminer sa propre conception de la vie idéale » au centre de sa conception du libéralisme, mettant les droits individuels en premier, rejetant ainsi une certaine notion de bien commun. Mais pour ceux qui font de ce bien commun un objectif d’une certaine importance, comme le Québec, il semble que la vie idéale peut être définie et servir de fondement à l’organisation de la société. Donc, de l’autre côté, la diversité du multiculturalisme canadien, exprimée ici par le Québec, se traduit par un libéralisme s’actualisant au travers d’une politique de la différence.tumblr_static_ouroboros.png

Cette position demande « de reconnaître l’identité unique d’un individu ou d’un groupe, ce qui le distingue de tous les autres » et s’accompagne d’une demande de certaines formes d’autonomie. Le refus du Canada anglais s’appuie sur le fait que lorsqu’une certaine forme de reconnaissance est donnée à un groupe, celui-ci peut mettre de l’avant un dessein collectif qui peut « impliquer des restrictions à la liberté des individus, en allant ainsi contre leurs droits .»

La législation québécoise sur les langues en est un bon exemple. Peut-on alors concilier libéralisme et diversité? Selon Taylor, cette conception de la différence est, d’une part, à la limite d’un conflit avec les droits fondamentaux, et, d’autre part, elle peut s’avérer discriminatoire envers les citoyens qui n’appartiennent pas à la minorité reconnue, tout en étant sous sa juridiction. Finalement, il semble que ce soit le respect de la non-discrimination qui ne fasse pas l’unanimité canadienne.

C’est dans un jeu d’ouroboros que se traduit comment l’un est aveugle à toutes différences entre les citoyens, ne discriminant personne, et que l’autre prétend subir une discrimination par la non-reconnaissance de sa différence.

Blake

source : Charles Taylor, Multiculturalisme  : différence et démocratie

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