Nudité

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Mal2Nudité La vie collective est sous-tendue par des règles implicites dont l’origine proviendrait d’ententes tacites entre individus pour pallier aux problèmes d’inégalité et d’insécurité résultant de l’affrontement social inhérent à la vie sédentaire collective.

L’évolution d’un tel contrat social fit naître des lois qui encadrent l’action d’une vie communautaire. Mais il est des lois dont les origines et les buts ne concernent pas directement les rapports sociaux humains. Bien que le Juif se soumette aux lois d’une société sécularisée, il est transcendé par une façon d’être au monde propre à l’identité juive qui tire son origine de la « Loi ».

Pour le Juif, cette Loi est révélation divine et son observance perpétue l’alliance que ses pères ont contractée avec Dieu. Celle-ci s’actualise par un encadrement normatif de l’action quotidienne du Juif et c’est le rapport à cette norme qui fonde la distinction entre les diverses communautés juives.

talmudLa Loi ne concerne pas seulement qu’un chemin particulier de l’existence à arpenter, elle est aussi une manière de cheminer sur celui-ci. Cette Loi est issue de la Bible hébraïque et fait référence à ses cinq premiers livres nommés « Torah », terme qui est habituellement traduit par « loi ».

La lecture de la Torah est sujette à une interprétation particulière selon un corpus, le Talmud, contenant la « Loi orale » qui fût donnée à Moïse afin d’accompagner les commandements transmit par Dieu sur le mont Sinaï. Le terme employé pour désigner cette « voie » est «halakah», c’est la mise en pratique de la Loi.

Dans le judaïsme, la halakah se veut donc une législation normative encadrant, voire ritualisant, la conduite de la vie courante au sein de la communauté. Nous pourrions par contre dire que le Juif n’est qu’indirectement tourné vers sa communauté puisque la halakah place l’objet de l’action en Dieu. C’est face à Dieu que le Juif peut potentiellement se commettre, dans la nudité de son intimité avec Lui. Et comme Dieu participe en tout, ce sont toutes les facettes de l’existence qui doivent répondre à l’éthique religieuse qui se fonde dans les normes de la halakah.

Par exemple, lorsque la halakah définit un statut social, celui-ci n’est pas définit d’abord en fonction de la communauté mais bien face à Dieu. Il faut aussi entendre éthique en tant que devoir moral. Ainsi, les différents rituels Pour certaines communautés du judaïsme, cette tradition morale est immuable et doit être respectée dans son intégralité et son originalité. Il se peut qu’elle entre ainsi en confrontation avec l’ordre séculier ou la modernité. Dans d’autres courants, le Talmud n’a pas le caractère sacré de la Torah, ce qui lui confère une certaine souplesse qui permet une réinterprétation de la Loi en rapport à des situations et des interrogations qui varient selon l’époque et l’environnement où la halakah est vécue.

Les normes de conduites, que ce soit la circoncision, le mariage, les fêtes ou l’alimentation, répondent à un devoir d’appliquer les prescriptions fixées dans la halakah qui, indirectement, permettent de préserver une certaine innocence dans l’intimité de Dieu. C’est par la reconnaissance et une application particulière de cette éthique de l’intime que se fonde les différentes communautés du judaïsme.

Il y a donc, dans le judaïsme, une notion de contrainte associée à la halakah qui, par les contingences historiques et son adaptation, façonna la diversité du judaïsme moderne. Par exemple, vers la fin du 18e siècle, le courant réformé porta une plus grande importance sur le caractère universel du judaïsme en ne retenant de la Bible que les messages moraux et quelques coutumes du Talmud.

Le judaïsme libéral américain, vers la même époque, « rejetai[t] les cérémonies religieuses non adaptées aux vues et aux habitudes de la civilisation moderne, les lois mosaïques et rabbiniques coupables de ne pas provoquer une élévation spirituelle moderne »[1]. Bien que l’on perçoive la halakah comme une loi organisant, régissant et s’adressant directement à la collectivité du judaïsme, il faut voir qu’au-delà de la communauté, elle s’adresse à des individus qui s’épaulent pour respecter individuellement l’alliance contractée originellement avec Abraham et renouvelée en Jacob et Moïse. Mais n’est pas moins religieux ni moins méritant celui pour qui cette éthique s’adapte à son environnement car au final, avec ou sans Loi, que Dieu habite ou non notre intimité, nous restons nu à nous-même.

Blake

[1] Julien Bauer, « Courants et sectes dans le judaïsme montréalais », Médium, n° 28-29, automne 1987, p. 29-36

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