Le moment d’occasion

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Mal2L’occasion du moment À partir de son expérience d’éveil complet et parfait, le Bouddha contempla l’imperfection du monde et posa un diagnostic général : tout est souffrance. Le sermon de Bénarès énonce une prescription à suivre pour être délivré de notre contingence au monde.

Quatre nobles vérités sont enseignées par le Bouddha lors de ce sermon. La première vérité consiste à prendre conscience que la souffrance est le mode d’être au monde. Elle s’appuie aussi sur la notion d’impermanence des états d’être, ce qui cause la souffrance lorsqu’ils ne sont plus. Rien n’est durable et le fait d’en prendre conscience suscite, par anticipation, la souffrance au cœur même du bonheur. Cette première vérité invite donc à l’abandon puisqu’il n’existe rien d’immuable.

La deuxième vérité s’interroge sur la source du phénomène. Le Bouddha identifie certains facteurs responsables de la douleur, dont trois qu’il considère comme autant de racines du mal. Il s’agit de l’insatiabilité des désirs et du feu dévorant de la colère qui naissent de l’ignorance de la cause et de la solution aux douleurs universelles. La troisième vérité énonce ainsi l’hypothèse de la cessation de la souffrance. En ayant découvert sa source, il est possible d’agir sur les causes de la douleur et ainsi éteindre le feu qui l’alimente. La quatrième vérité montre la voie à suivre pour atteindre ce but, le nirvâna. Il énonce les catégories auxquelles il faut parvenir à appliquer la notion de respect.

Ce qui respecte est juste, tandis que ce qui n’est pas approprié ne respecte pas et manque de cette justesse d’être à appliquer au moment. Ainsi, la compréhension, la pensée, la parole, l’action, le moyen d’existence, l’effort, l’attention et la concentration doivent être juste en respectant le contexte, l’endroit et le temps où ils s’actualisent.

La première des nobles vérités s’exprime en contraste avec le milieu d’où elle émerge. Il faut savoir que le Bouddha a d’abord sillonné à travers l’hindouisme avant de s’en extraire. Ainsi, si la notion de dharma dans l’hindouisme renvoyait à une façon de vivre et de croire, à un ordre cosmique et universel régit par des lois à ne pas enfreindre pour préserver l’équilibre du monde.

Le dharma prononcé par le Bouddha redéfinit le monde et la façon d’être au monde. La constatation de la réalité par le Bouddha s’apparente à la notion de māyā de l’hindouisme. La maya est le voile d’illusion qui empêche la conscience de percevoir la vérité de l’existence, l’impermanence des choses étant la réalité dont on se cache sous l’illusion du désir de la durée.

Le fait est que tout passe et que rien ne reste complètement. Les différents états d’esprits que nous éprouvons ne durent pas. Il y a toujours un retour à un autre état, synonyme de souffrance de ne plus être ce que nous étions, subissant ce que nous devenons. Ainsi, l’originalité du Bouddha est qu’il en arrive à la conclusion qu’il n’y a aucun point d’ancrage pour justifier l’existence.

Le flux constant de l’impermanence semble rythmer toute chose à laquelle la conscience pourrait se rattacher. Il n’existe donc aucun axiome sur lequel asseoir le réel, pas même Dieu. De plus, si tout est impermanence, tout s’équivaut puisque l’un n’est pas plus que l’autre, ce qui laisse transparaître l’illusion de l’essence individuelle des choses. Les choses n’ayant aucune essence propre, la première vérité mène à la vacuité de la réalité.

roueL’impermanence étant le fondement de toute chose, la souffrance elle-même est fondamentalement impermanente et finira par prendre fin avec notre éventuel éveil. Comme le Bouddha a gardé le silence sur cette ultime expérience, il est possible de spéculer que notre délivrance soit l’atteinte d’un état de conscience de la réalité en tant que vacuité, un état d’être imperturbable et imperméable à toutes les souffrances de l’existence.

Il est aussi possible que l’impermanence qui révèle l’équivalence de toute chose cache en fait une essence commune à toute chose. L’éveil serait donc de parvenir à cet état d’être de toute chose, cessant ainsi d’être séparé du désir de notre volonté puisqu’à chaque instant, nous serions l’essence même de l’objet de notre désir. Nous nous retrouverions ainsi devant un cogito émotionnel : désirer désirer.

Étant donc l’objet de notre désir et n’ayant plus d’objet vers lequel tendre, le désir se résorberait dans son cogito. Si nous regardons l’originalité de l’impermanence à la lumière de cette deuxième hypothèse, l’éveillé n’est plus séparés des choses, ce qui soulève la question ontologique de cette union qui ne concerne plus l’être en tant que subjectivité, mais plutôt en tant que « relation ». N’ayant plus de désir personnel à satisfaire, il ne lui reste qu’à être « l’occasion du moment pour l’autre » (1).

Blake

(1) Sören Kierkegaard, Miettes philosophiques, Tel Gallimard.

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