Union complémentaire

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Mal2Il semblerait y avoir deux façons principales de s’actualiser à travers l’hindouisme. L’une fait montre d’une résilience face à ordre structuré et l’autre d’une marginalité que caractérise un besoin d’autonomie totale. Ces deux faces d’une même réalité traduisent un fait sociologique du sous-continent indien : les « jâti », que l’on traduit par « naissance » ou « groupe de naissance ».

Une jâti se définit souvent selon un métier, une nourriture déterminée et est associée à un degré de pureté qui détermine un certain statut social. Une des obligations découlant de cette structure sociale est de se marier à l’intérieur de sa jâti. Bien que l’hérédité des métiers ne soit pas un absolu, celui qui est exercé doit être en conformité avec les contraintes de pureté de sa jâti.

Par contre, du groupe de naissance se transmet des habitudes alimentaires qui ont aussi pour effet une classification sur l’échelle de la pureté, partant d’un végétarisme total, facteur de pureté, à un régime carné, indice d’impureté.

Les croyances et les pratiques religieuses sont fonctions de toutes ces caractéristiques, sont valorisées à travers le groupe de naissance et sont consacrées par les autorités religieuses en tant que limites et normes encadrant les différents groupes.

Une des façons d’actualiser l’hindouisme est « la-vie-dans-le-monde » et est habituellement caractérisée par trois buts, soit le dharma ou le bon ordre, l’artha ou le profit, l’intérêt, et le kâma, le désir. Ces voies répondent aux besoins de réussites de l’être dans la société, mais ne semblent praticables qu’à partir d’une condition : accepter le statut et les devoirs spécifiques que confère sa naissance tout en respectant les limites des autres groupes.

« C’est accepter une façon de vivre, de faire et de croire,c’est accepter un dharma éternel inscrit dans le Veda […] ».1 « Accepter le Veda, c’est également reconnaître que la découverte du Dieu suprême (Brahman, etc.) passe par la recherche d’une réalité intérieure à chacun, d’un Soi profond qui dépasse le moi qui s’active au plan matériel ». Il y a ainsi une autre voie praticable : le moksha, la libération. Elle constitue la seconde forme principale d’actualisation de l’hindouisme.

sadhuIl y a par contre un prix à payer pour suivre ce chemin. Plus qu’à renoncer à un mode de vie, à une sécurité, il faut aussi que le renonçant passe par un dépouillement total, qu’il fasse l’ultime sacrifice. Il prononce des vœux irréversibles et il est dépossédé de ses biens. Ce type de personnage renonçant au monde est généralement appelé « sâdhu », c’est-à-dire « sage ».

Il pratique l’ascèse et la méditation, a l’obligation de vivre de l’aumône ou de plantes de la forêt, car il ne doit rien posséder, et il doit errer dans la solitude en ayant qu’un seul but : parvenir à la liberté suprême par sa dissolution dans l’absolu, mettant fin au cycle de ses renaissances dans le désert des illusions.

S’il parvient à l’aboutissement de sa quête, il se peut qu’il soit pressé de partager l’expérience spirituelle acquise sur La réalité. Le sâdhu devient donc « gourou » et son interprétation des Vedas s’ajoute aux diverses sampradâya, « traditions » qui façonnent l’hindouisme.

Le Veda cautionne ces deux manières de vivre l’hindouisme et c’est par Krishna qu’il explique comment parvenir à concilier ces deux idéaux en nous montrant que c’est l’action détachée, accomplie uniquement pour le bien du monde, qui est un véritable sacrifice.

Ainsi, ces deux extrêmes se soutiennent et ne sont que deux aspects d’une même réalité : le sacrifice. Le premier sacrifie le but ultime de l’être pour que la société se réalise, le second sacrifie la société pour la réalisation ultime de l’être, parvenant de ce fait à refléter conjointement l’ordre socio-cosmique. Aussi se complètent-ils puisque l’un actualise l’expérience potentielle de la cessation des renaissances, étant ainsi inspiration pour l’autre qui accepte de partager son bien par son expiration, soutenant ainsi tout deux le feu spirituel qui les unit.

Blake

(1) André Couture, Introduction à l’étude des religions, SCR-1000, Université Laval, 2012

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